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Leçons des Seerah De la
correspondance des rois -
En conséquence de la trêve que le Traité d'Al-Hudaybiya vint couronner, les musulmans furent à l'abri des outrances qoraïchites. Ainsi, les canaux de communication s'ouvrirent-ils de toute part aux musulmans, et le Prophète (BP sur lui) s'adonna à semer l'Appel à Dieu à tout vent : il établit une correspondance avec les souverains connus à l'époque pour les inviter – et inviter leurs peuples – à l'islam. A cette fin il s'appropria un sceau où fut inscrit : "Mohammed, le Messager de Dieu"
Il dépêcha Dihya Al-Kalbî (de la tribu de Kilâb) avec un message au césar Byzantin qui se trouvait alors à Jérusalem. Celui-ci convoqua par suite Abû Sufyân, le chef qoraïchite qui se trouvait alors en Grande Syrie pour son commerce, et s'enquit d'abord sur les origines de Mohammed (BP sur lui). "Il est issu d'une noble lignée parmi nous" répondit Abû Sufyân. – Et quelqu'un avait-il déjà tenu de pareilles paroles ? – Non – Ce sont les notables ou les faibles qui le suivent ? – Mais les faibles ! – Sont-ils en croissance ou en décroissance ? – En croissance ! – Est-il arrivé que l'un d'eux ait apostasié, par répulsion de cette religion ? – Non ! – Mohammed trahit-il ses engagements ? – Non ! – Lui avez-vous fait la guerre ? Si oui, comment ça s'est passé ? – Nous lui avons fait la guerre. Il y eut des hauts et des bas de part et d'autre : la victoire fut une fois à nous, une fois à lui ! – Et qu'est ce qu'il vous prêche ? – Il prêche le culte d'un Dieu unique, sans associés. Il nous défend d'adorer les dieux de nos ancêtres. Il enseigne la prière, l'honnêteté, la chasteté, la fidélité aux engagements et la restitution des dépôts.
De ce qu'il avait entendu, le césar comprit qu'il s'agissait d'un prophète. Il dit à Abû Sufyân : "Si c'est vrai ce que tu viens de me raconter, cet homme devra un jour posséder mon siège que voici !" Ensuite, il rassembla les grandes dignités de l'empire et leur proposa de répondre favorablement à l'appel du prophète. Mais ils refusèrent ; et la passion pour le trône détourna le roi d'adopter l'islam. Pourtant, il s'excusa gentiment à Dihya, le messager musulman.
En outre, le Prophète (BP sur lui) chargea Al-Hârith ibn `Umayr de transmettre un écrit au prince de Bassora. Arrivé au village syrien de Mu'ta, le messager du Prophète fut surpris par Churahbîl Al-`Asâlî qui l'acheva. A noter que Al-Hârith fut le seul à être liquidé parmi les messagers du Prophète Mohammed (BP sur lui).
Le Prophète (BP sur lui) correspondit également le prince de Damas, allié du souverain Romain. Le prince reçut la lettre, la lut, puis la jeta loin, déterminé à mener la guerre contre les musulmans. Mais n'étant pas autorisé par son tuteur romain, le prince renonça à l'option guerrière. Autre messager : Hâtib ibn Abî Baltaa. Il fut chargé de délivrer une lettre au dirigeant d'Egypte (Al- Muqawqis) à Alexandrie, dirigeant nommé par le souverain Romain. A la lecture du message, Al-Muqawqis dit à Hâtib : "S'il était vraiment prophète, qu'est-ce qui l'empêche de prononcer la malédiction contre ceux qui l'ont contrarié et expulsé de son pays ?" Et Hâtib d'arguer : "N'est-ce pas que tu attestes que Jésus - le Messager de Dieu - est le fils de Dieu ? Pourquoi donc Dieu ne l'a-t-Il pas préservé des gens de son peuple qui l'avaient pris pour le tuer ?" – "Bien dit ! De toute façon, j'ai réfléchi sur la condition de ce prophète, et trouvé qu'il ne prône pas une valeur inappréciée, et n'interdit pas une valeur appréciée. Je ne le trouve ni un sorcier malfaisant, ni un devin fallacieux. Je verrai !" Ensuite, il rédigea une réponse au Prophète de Dieu (BP sur lui). Une réponse toute neutre : sans reconnaissance ni rejet de la Mission de Mohammed (BP sur lui), accompagnée d'un cadeau : deux femmes esclaves, dont Mâriya, plus tard mère de Ibrâhîm le fils du Prophète.
Le Prophète envoya aussi au Négus, roi d'Abyssinie. Après avoir lu le message du Prophète, le Négus s'exclama : "Je sais, par Dieu, que Jésus avait prédit sa venue. Ceci dit, mes alliés en Abyssinie sont peu nombreux !" Outre, parmi les destinataires : - Cosroès, roi de Perse. Celui-ci, emporté par son orgueil, déchira la lettre ; ce qui lui valut plus tard la déchirure de sa royauté, par la puissance du Très Haut - Al-Munzhir ibn Sâwî, roi du Bahreïn. Ce souverain embrassa l'islam de même qu'une partie de son peuple. Le Prophète (BP sur lui) le reconnut ainsi prince musulman de la région de Bahreïn - Ja`far et `Abdullâh les deux rois d'Oman ; tous deux fils d'Al-Julundayy. Ils se convertirent à l'islam, mais après s'être tout d'abord enquit sur ce que le Prophète enseigne et interdit. Là, le messager expliqua les enseignements du noble Prophète (BP sur lui) : obéissance à Allah – Exalté soit-Il – et abstention des péchés, respect de la bonté pieuse et des liens de parenté, abstention du tort, de l'agression, de la fornication, de la consommation du vin ainsi que du culte des pierres, des fétiches ou des croix. - Hawda ibn `Alî, roi de Yamâma qui négocia le Prophète (BP sur lui) de lui faire passer quelques prérogatives, mais le Prophète (BP sur lui) rejeta ce chantage. Bataille de Khaybar Le Traité d'Al-Hudaybiya étant conclu, les musulmans reprennent haleine, las des affrontements armés contre les Qoraïchites. Temps de s'affranchir également de l'ennemi voisin qui guettait l'occasion d'attaquer, à savoir : les gens de Khaybar. Ceux-ci, rappelons le, avaient nourri l'alliance anti-musulmane des Arabes dans la bataille Al-Khandaq. Ainsi, le Prophète (BP sur lui) sortit-il en l'an 7 de l'hégire à destination de Khaybar, cette ville fortifiée de six tours. Tout d'abord, les musulmans campèrent aux abords du bastion, et coupèrent – sous les ordres du Prophète – les palmiers de la ville afin de faire peur aux combattants dedans. Mais comme ceux-ci étaient déterminés, parut-il, à lutter, le Prophète commença à tirer contre eux. Les accrochages durèrent sept jours et débouchèrent sur une invasion des positions khaybarites par les musulmans qui ne tardèrent à prendre la première tour. Les ennemis se retirèrent vers la tour suivante qu'ils défendirent avec tellement d'acharnement que les musulmans risquaient de reculer. Pourtant, les musulmans arrivèrent à monter à l'assaut, et les acculèrent à lâcher pied, vers la tour suivante. Pire encore, ils les assiégèrent, leur bloquant le passage de l'eau. Par suite, les assiégés durent sortir et combattre jusqu'à leur retraite vers une autre tour. Et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il ne resta que deux tours : là les juifs Khaybarites renoncèrent à la résistance, et optèrent pour la reddition afin de sauver leurs peaux. Ils proposèrent au Prophète de sortir du territoire de Khaybar, avec leurs familles, sans porter plus qu'un seul vêtement chacun. Le Prophète (BP sur lui) céda à leur demande. Un grand butin passa aux mains des musulmans à Khaybar : armures, épées, lances, arcs, bijoux, meubles, biens, bétail et vivres.
Bilan : quatre vint treize morts côté juif, et quinze martyrs côté musulman. A noter en marge de cette bataille qu'une femme juive servit au Prophète (BP sur lui) la viande d'une brebis empoisonnée comme cadeau. Le Prophète en mâcha une bouchée puis la rejeta. De fait, Dieu lui avait inspiré que le cadeau était ainsi intoxiqué. Ce que la femme reconnut plus tard en se justifiant : "Je me suis dite : s'il était prophète, le mal ne le toucherait pas ; et s'il était menteur, Dieu nous débarrasserait de lui !" A ces propos, le Prophète (BP sur lui) lui fit grâce.
Au lendemain de la conquête de Khaybar, le Prophète (BP sur lui) envoya aux chefs de la tribu juive de Fadak. Ils optèrent pour la paix, troquant ainsi leurs biens contre leurs vies ; et le Prophète céda à leur choix.
A peine les musulmans retournèrent-ils de Khaybar que regagna Médine le reste des émigrés musulmans en Abyssinie, dont Ja`far ibn Abî Tâlib, Abû Mûsâ Al-Ach`arî et sa tribu, après un long séjour de dix ans là-bas. L'islam accueillit, après la conquête de Khaybar, trois nouveaux adeptes, des poids lourds, entre autres : Khâlid ibn Al-Walîd, `Amr ibn Al-`Âs et `Uthmân ibn Tulayha Al-`Abdarî. `Umra de Rattrapage (`umrat al-qadâ') Un an après le Traité d'Al-Hudaybiya, le Prophète (BP sur lui) sortit - avec ses mêmes Compagnons témoins de la suspension de la `Umra précédente – en direction de La Mecque, voulant rattraper leur petit pèlerinage raté. Ce fut en vertu du traité d'Al-Hudaybiya. Or, les Qoraïchites quittèrent la ville sainte aussitôt que les musulmans y arrivèrent. Ceux-ci accomplirent la `Umra, séjournèrent en Mecque trois jours au bout desquels ils rentrèrent à Médine sains et saufs. Expédition de Mu'ta Au milieu de l'an 8 de l'hégire, trois mille combattants musulmans furent envoyés à Bassora. Le Prophète (BP sur lui) voulait ainsi venger Al-Hârith ibn `Umayr, son messager assassiné par le prince allié des Byzantins, `Amr ibn Churahbîl. D'arrivée au territoire de Mu'ta, une armée de cent cinquante mille combattants – byzantins et arabes christianisés – furent à l'attente des musulmans. Au cours de la bataille, le commandant de l'armée musulmane, Zayd ibn Hâritha, fut tué. Le suppléa alors Ja`far ibn 'Abî Tâlib qui subit le même sort ; puis `Abdullâh ibn Rawâha. Mais les trois commandants désignés par le Prophète – dans ce même ordre – ayant tous trouvé le martyre, les troupes musulmanes élurent Khâlid ibn Al-Walîd à leur tête. Celui-ci ne cessa de leurrer l'ennemi jusqu'à ce qu'il arrivât à semer la panique dans les cœurs, et à les dissuader. Conquête de La Mecque Les sous-tribus de Khuzâ`a étaient engagés dans une alliance avec le Prophète (BP sur lui) alors que les Banû Bakr ibn Wâ'il furent des alliés de Qoraych. Mais le sang coulait déjà entre les alliés de part et d'autre. Ainsi, les Banû Bakr s'élevèrent-ils contre les Khuzâ`a, les Qoraïchites leur assurant l'appui logistique et militaire. Par suite, une délégation des Khuzâ`a vint prévenir le Prophète des agressions qoraïchites contre eux ; agressions tenant lieu de transgression de la trêve de paix déjà signée avec le Prophète. De l'autre côté, anxieux vis-à-vis des conséquences, les Qoraïchites envoyèrent Abû Sufyân au Prophète (BP sur lui) en vue de négocier sur la confirmation et la prolongation de la trêve, mais le Prophète ne lui fut pas favorable. Pour les musulmans, la violation de la trêve par les Qoraïchites ne faisait aucun doute. Le Prophète (BP sur lui) ordonna donc aux musulmans de s'apprêter pour une rencontre armée sans donner de précisions. A ceci, dix mille musulmans – Emigrés, Auxiliaires et autres venus de diverses tribus – se mobilisèrent, puis sortirent sous le commandement du Prophète (BP sur lui) le 10 ramadan de l'an huit de l'hégire. L'armée progressa jusqu'à Marr Adh-Dhahrân près de La Mecque. Les Qoraïchites ne savaient rien sur les intentions des musulmans.
Entre temps quittait La Mecque Al- `Abbâs ibn `Abd Al-Muttalib, l'oncle du Prophète (BP sur lui), à destination de Médine, lui et sa famille pour s'y installer. Le croisant en route, le Prophète (BP sur lui) le fit rester avec lui et envoya les enfants à Médine. Toujours à Marr Adh-Dhahrân, les troupes musulmanes arrêtèrent Abû Sufyân et deux autres hommes, venant flairer les nouvelles des musulmans dont on redoutait la riposte. Le premier à rencontrer Abû Sufyân fut Al-`Abbâs ibn `Abd Al-Muttalib qui l'emmena vers la tente du Messager d'Allah. Là le notable qoraïchite fut rassuré sur sa sécurité et confié à la compagnie d'Al-`Abbâs. Le lendemain, Abû Sufyân se convertit à l'islam et attesta la vérité. "Ô Messager de Dieu, intercéda Al-`Abbâs, Abû Sufyân est un homme qui aime le panache, accorde-lui quelque mérite !" Et le Prophète (BP sur lui) de répondre : "Quiconque rentre au foyer de Abû Sufyân est rassuré sur sa sécurité."
Sous la demande du Prophète, Al-`Abbâs emmena Abû Sufyân à l'endroit où défilaient les troupes musulmanes. Celui-ci les regardait attentivement brigade par brigade, venues de telle et telle tribu. Suite au défilé, Abû Sufyân se précipita sur le chemin de retour aux siens pour les alerter tout haut : "Ô peuple de Qoraïche ! Mohammed vous vient avec une force à laquelle vous ne saurez faire face !" Or, le Prophète (BP sur lui) ordonna de faire dresser son étendard sur Al-Hajûn, un mont surplombant La Mecque. Pourtant, il donna ses ordres à Khâlid ibn Al-Walîd et son régiment d'aller faire leur entrée en Mecque à partir de Kudâ, un mont dans l'entrée basse de la ville, donnant sur la route vers le Yémen. Or, le Prophète entra avec ses troupes depuis le mont Kadâ' de la partie haute de La Mecque ; il chargea quelqu'un d'appeler tout haut : " Celui qui rentre chez lui et ferme sa porte sera en sécurité ; celui qui entre à la maison sacrée sera en sécurité et celui qui entre dans la maison de Abû Sufyân sera en sécurité !" En fit exception la cohorte des agresseurs les plus violents contre les musulmans dont `Abdullâh ibn Sa`d ibn Abî Sarh, `Ikrima ibn Abî Jahl, Ka`b ibn Zuhayr, Wahchî l'assassin de Hamza, Hind bint `Utba l'épouse de Abû Sufyân, Habbâr ibn Al-'Aswad et Al-Hârith ibn Hichâm. Ceux-ci se convertirent à l'islam.
L'armée de Khâlid ibn Al-Walîd se heurta à la résistance de quelques Qoraïchites étourdis. Les accrochages coûtèrent la vie à vingt quatre côté qoraïchite et deux martyrs musulmans. Quant aux troupes commandées par le Prophète, elles ne rencontrèrent une résistance aucune. Le Prophète (BP sur lui) fit alors son entrée en Mecque sur sa monture, la tête baissée en signe d'humilité envers Allah et de reconnaissance pour cette grande faveur divine. Rappelons que c'était le vendredi le 10 ramadan.
Au même endroit où le Prophète (BP sur lui) enjoignit de fixer son étendard, on érigea une voûte sous laquelle il prit abri et repos. Ensuite il avança, récitant la sourate Al-Fath (La Victoire Eclatante), Abû Bakr à ses côtés, jusqu'à ce qu'il arriva à la Maison Sacrée, y entra, fit sept tournées autour de la Ka`ba sur sa monture et toucha la Pierre Noire de son croc. Le temple était entouré d'un grand nombre de fétiches ; le Prophète se mit à les bâtonner en s'exclamant : "La Vérité est venue et l'Erreur a disparu ; le Faux ne peut rien commencer ni renouveler".
A la fin de ses tournées de tawâf, le Prophète (BP sur lui) ordonna d'enlever les idoles, purgeant ainsi l'enceinte de la Ka`ba des faux dieux. Le Prophète (BP sur lui) reçut la clé de la Ka`ba que détenait `Uthmân ibn Talha Ach-Chaybî, le portier du temple. Et le Prophète y pénétra, élevant le takbîr (l'appel : Allah est Grand) dans ses coins. Ensuite, il en sortit vers le Maqâm Ibrâhîm (vestige auprès de la Ka`ba marquant un lieu où Abraham s'était tenu debout) et fit sa prière tout près. Le Prophète (BP sur lui) s'assit dans l'esplanade entouré par les gens, curieux sur ce qu'il avait l'intention de faire des Qoraïchites. Enfin il s'adressa à la foule : "Ô les Qoraïchites, que croyez-vous que je vais faire de vous ?" – "Du Bien ! répondit-on, tu es un frère généreux et un neveu généreux !" Alors le Prophète (BP sur lui) leur dit : "Partez, vous êtes libres !" Suite à cet acte de grâce, le Prophète (BP sur lui) rendit la clé de la Ka`ba à son portier, puis prononça aux gens un discours visant à élucider les préceptes de l'islam. Le discours se fut enchaîné par une ruée vers l'islam : un grand nombre de Qoraïchites attestèrent l'islam devant le Prophète.
Parmi ceux qui embrassèrent alors l'islam : Mu`âwiya ibn Abî Sufyân, Abû Quhâfa père de Abû Bakr le Véridique, en plus d'un nombre des anciens agresseurs à qui le Prophète avait ôté toute garantie de sécurité. Ce jour là, le Prophète approuva tous les nouveaux venus à l'islam. Après les hommes, les femmes firent leurs serments d'allégeance au Prophète.
Peu après, le Prophète (BP sur lui) demanda à Bilâl de faire l'appel à la prière (azhân) à partir du toit de la Ka`ba. C'était la première fois qu'une manifestation de l'islam se fait dans les airs de la Maison Sacrée.
A noter que la Prophète (BP sur lui) séjourna à La Mecque pendant 19 jours au cours desquels il envoya Khâlid ibn Al-Walîd en tête de trente cavaliers pour démolir la statue d'Al-`Uzzâ, l'idole qoraychite la plus énorme ; il envoya également `Amr ibn Al-`Âs pour démolir Suwâ`, la plus grande des idoles huzhaylites et un troisième homme pour en finir avec Manâ, l'idole de Khuzâ`a. |